RessourcesSérie pédagogique

Comprendre la gestion commerciale et la distribution

Cinq fiches pour comprendre le cycle achat-vente, le référentiel, le prix, l’encours client et la promesse omnicanale.

Publication B‑AGILE
Série pédagogique

Une fiche, une situation, un raisonnement à exercer.

Contenu éducatif — 5 fiches

Temps de lecture : 22 minutes

01

Note d'intention

Un commercial appelle le magasin depuis le parking d'un client. « Tu me bloques quarante cartons, je passe le bon demain matin. » Le magasinier note sur un carnet. Le lendemain, le bon n'arrive pas. Le surlendemain, quelqu'un d'autre a vendu les quarante cartons, et le premier client attend une livraison que personne, dans le système, n'a jamais enregistrée.

Rien d'illégal, rien de malhonnête, aucune faute professionnelle. Simplement une promesse qui a existé pendant deux jours sans laisser de trace exploitable.

C'est le fil conducteur de ces cinq fiches : en commerce, la donnée engage. Un prix affiché, une disponibilité annoncée, une date promise ne sont pas des informations, ce sont des obligations. Elles créent une attente chez quelqu'un qui, lui, ne les oubliera pas. La différence avec l'entrepôt ou le transport est là : un stock mal rangé se retrouve, une donnée commerciale fausse a déjà été dite à un client.

Les trois séries précédentes portaient sur l'entrepôt et le transport, c'est-à-dire sur l'exécution. Celle-ci porte sur ce qui se décide avant : ce qu'on promet, à qui, à quel prix, et sur quel stock.

Une précision qui a son importance. Nous éditons des logiciels de gestion commerciale, de point de vente et de commerce en ligne. Et ces fiches expliquent à plusieurs reprises qu'un logiciel n'arrange rien tant que personne n'a écrit qui a le droit de promettre un délai, d'accorder une remise ou de créer un article. Ce n'est pas de la modestie. C'est ce que nous constatons dans les projets qui échouent.

Comme dans les séries précédentes, chaque fiche se termine par un exercice sans corrigé unique.

02

Contenu pédagogique — Fiche 1 — Le cycle achat-vente : ce qui engage l'entreprise et à quel moment

03

La situation

Un nouveau collaborateur pose une question simple en réunion : « À partir de quel moment considère-t-on que la vente est faite ? »

Le commercial répond : quand le client a dit oui. La logistique répond : quand c'est parti du quai. La comptabilité répond : quand c'est facturé. Le directeur général répond : quand c'est encaissé.

Personne ne se trompe. Ils décrivent quatre engagements différents, pris à quatre moments différents, et l'entreprise vit avec les quatre en même temps.

04

Le raisonnement

Le cycle commercial n'est pas une succession d'étapes administratives. C'est une succession d'engagements, et chacun porte sur un objet différent.

Le devis engage un prix, pour une durée. Beaucoup de débutants pensent qu'un devis n'engage à rien puisqu'il n'y a pas encore de vente. Dans les faits, un client qui détient un devis ne renégociera jamais à la hausse. Le prix est sorti de l'entreprise ; il ne rentre plus. C'est la raison pour laquelle un devis sans date de fin de validité est une décision définitive prise par inadvertance.

La commande engage une disponibilité et une date. C'est le moment charnière du cycle, celui qu'on sous-estime le plus. Accepter une commande, c'est retirer de la marchandise du stock disponible pour les autres, même si rien n'a physiquement bougé. C'est aussi, on le verra en fiche 4, accorder un crédit.

La préparation et la livraison engagent la conformité. Ce qui part doit correspondre à ce qui a été commandé. Le document qui accompagne la marchandise est la seule pièce qui fera foi le jour d'une contestation — d'où l'obsession, dans les métiers de la distribution, du bon de livraison signé et revêtu du cachet de la société. Une signature seule se conteste : « ce n'est pas mon écriture, ce n'est pas mon employé ». Le cachet, beaucoup moins.

La facture engage un montant et une échéance. Elle ne crée pas la créance, elle la constate. Une facture juste posée sur une livraison fausse ne répare rien : elle enregistre proprement une erreur.

Le règlement clôt le cycle — ou ne le clôt pas. Un virement clôt. Un chèque non remis à l'encaissement ne clôt rien. Un effet à échéance déplace la clôture de plusieurs semaines et laisse le risque ouvert pendant tout ce temps. Nous y reviendrons.

Le même raisonnement vaut côté achat, en miroir : demande d'achat, commande fournisseur, réception, facture fournisseur, paiement. À la différence près que cette fois, c'est l'entreprise qui est engagée.

05

Le point que retiennent ceux qui ont pratiqué

Trois documents doivent dire la même chose : la commande, le bon de livraison, la facture. Côté achat : la commande, la réception, la facture fournisseur.

Quand les trois concordent, il n'y a pas de sujet. L'écart entre eux, lui, est exactement l'endroit où la marge et la relation client se perdent — un reliquat facturé comme s'il avait été livré, une ligne ajoutée sur le quai « pour rendre service », un prix corrigé à la facturation sans que le client en ait été prévenu.

Ce rapprochement à trois est le geste de base de la gestion commerciale. Il paraît bureaucratique tant qu'on ne l'a pas fait une fois sérieusement.

06

Les erreurs fréquentes

Croire que la facture est le début du sujet. Elle est la fin d'une chaîne dont chaque maillon amont peut déjà être faux.

Livrer sans commande formalisée, parce que « le client confirmera ». Le jour du litige, il n'y a rien à opposer.

Facturer la commande plutôt que le livré. Les reliquats se règlent alors en avoirs, et un avoir coûte plus cher à traiter que la ligne qu'il corrige.

Émettre un devis sans durée de validité, puis s'étonner qu'il ressorte huit mois plus tard avec des prix d'achat qui ont changé.

Considérer la réception fournisseur comme une formalité. Une réception validée sans contrôle transforme un litige fournisseur en perte sèche.

07

Exercice

Prenez une commande client déjà soldée. Posez côte à côte les trois documents : commande, bon de livraison, facture.

Comparez ligne à ligne — références, quantités, prix, unités.

Comptez les écarts. Pour chacun, cherchez qui l'a introduit et à quel moment. Vous ne trouverez pas toujours. C'est justement l'information utile : un écart dont on ne peut pas retrouver l'auteur est un écart qui se reproduira.

08

Contenu pédagogique — Fiche 2 — Le référentiel : pourquoi une même donnée ne peut avoir qu'un seul propriétaire

09

La situation

Question posée en comité : combien de références vendons-nous ?

Le catalogue commercial en annonce un nombre. L'extraction de l'ERP en annonce un autre. La liste envoyée au prestataire logistique en annonce un troisième. Les trois chiffres sont défendus avec conviction par trois personnes compétentes.

Et quelque part, un fichier tableur nommé « correspondance codes » assure la traduction entre les trois. Il est maintenu par une seule personne. Il comporte une colonne « ancien code » que plus personne ne sait interpréter.

10

Le raisonnement

Le référentiel, ce sont les données qui ne décrivent pas un événement mais une réalité stable : les articles, les clients, les fournisseurs, les tarifs, les sites. Tout le reste — commandes, livraisons, factures — s'y accroche.

Sur une donnée de référence, trois rôles se confondent en permanence :

qui la crée — souvent plusieurs personnes, parfois n'importe qui ;

qui l'utilise — tout le monde ;

qui l'arbitre — c'est-à-dire qui tranche quand deux services ne sont pas d'accord sur sa valeur.

Le propriétaire d'une donnée, c'est le troisième. Pas celui qui la saisit : celui qui décide. Une donnée sans arbitre nommé finit toujours par exister en plusieurs versions, et aucune n'est fausse du point de vue de celui qui la détient.

11

L'article et le piège de l'unité

Un carton contient douze pièces. En magasin, on vend la pièce. Au détaillant, on vend le carton. À la centrale, on vend la palette.

Même produit, trois unités, trois prix, trois façons de compter le stock. Faut-il un article ou trois ? Les deux réponses se défendent, et le choix engage tout le reste : les statistiques de vente, la valorisation du stock, la lecture d'un inventaire, la comparaison d'un tarif à un autre.

Ce qui ne se défend pas, c'est de ne pas choisir. Quand la règle n'est pas écrite, chaque service adopte la sienne, et la question « combien en avons-nous vendu ? » cesse d'avoir une réponse.

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Le client n'est pas une entité, c'en est trois

Il y a celui qui commande, celui qui est livré, celui qui paie. Dans un groupe de distribution, ce sont trois adresses différentes et parfois trois interlocuteurs qui ne se parlent pas.

Les confondre produit deux dégâts précis. Les statistiques par client deviennent illisibles, parce qu'un même groupe apparaît sous huit lignes. Et l'encours devient faux — deux fiches pour un même payeur, ce sont deux plafonds de crédit, donc le double du crédit accordé sans que personne ne l'ait décidé.

Le doublon n'est pas un problème de propreté. C'est un problème de risque financier.

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Ce que nous ne recommandons plus

Nous conseillions autrefois des codes articles signifiants : quelques caractères pour la famille, un pour la couleur, deux pour la taille. C'était pratique, lisible à l'œil nu, et cela permettait de travailler sans consulter le système.

Nous ne le recommandons plus.

La raison tient en une phrase : un code parlant fige une information qui bouge. Le jour où le produit change de famille, de fournisseur ou de conditionnement, le code ment. On ne le corrige pas — il est imprimé sur des étiquettes, référencé chez des clients, gravé dans dix ans d'historique. On ajoute donc une exception, puis une deuxième, et au bout de quelques années la codification raconte l'histoire de l'entreprise plutôt que l'état de son catalogue.

Un code doit être stable et bête. Les informations qui caractérisent le produit sont des attributs, et un attribut se modifie.

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Les erreurs fréquentes

Ouvrir la création d'article à tout le monde « pour ne pas bloquer la vente ». On ne bloque effectivement rien — on crée quatre fiches pour le même produit en six mois.

Créer une fiche client par adresse de livraison.

Nettoyer un référentiel avant d'avoir nommé son propriétaire. Il se resalira exactement au même rythme, et la deuxième opération de nettoyage sera plus difficile à faire financer que la première.

Confier le référentiel à l'informatique. Elle en est le gardien technique, pas l'arbitre métier. Le prix d'un article n'est pas une décision informatique.

Considérer qu'un doublon détecté est un doublon réglé. Fusionner deux fiches qui portent chacune un historique de commandes est une opération lourde, et elle se décide.

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Exercice

Tirez vingt fiches article au hasard dans votre catalogue. Cherchez les doublons fonctionnels : deux fiches qui désignent la même chose sous deux libellés.

Puis, pour chacun des champs principaux de la fiche article — désignation, unité, conditionnement, famille, prix de base, fournisseur —, écrivez un nom de personne. Pas un service : une personne.

Les champs auxquels vous n'arrivez pas à associer un nom sont les prochains désordres de votre catalogue. Vous saurez à l'avance lesquels.

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Contenu pédagogique — Fiche 3 — Le prix : tarif, condition, remise, et pourquoi la marge se perd en chemin

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La situation

Le directeur commercial présente sa gamme et la marge qu'elle porte. Le chiffre est confortable, il sort du catalogue, il est juste.

La comptabilité présente la marge réalisée sur l'exercice. Le chiffre est nettement plus bas, il sort des comptes, il est juste aussi.

Personne ne ment. Entre les deux, il y a un chemin, et ce chemin n'est décrit nulle part.

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Le raisonnement

Le prix de vente n'est pas une donnée. C'est une construction à plusieurs étages, et chaque étage est décidé par une personne différente, à un moment différent.

Étage 1 — le tarif. Le prix de référence, par canal, par zone, parfois par saison. Il est décidé une fois, révisé rarement, et c'est le seul étage que le catalogue montre.

Étage 2 — la condition. Ce qui est acquis contractuellement à un client : une remise permanente sur une famille, un palier de volume, la franchise de port au-delà d'un montant. Une condition ne se décide pas à chaque commande, elle s'applique. C'est sa force et son danger : elle continue de s'appliquer longtemps après que les raisons qui l'ont justifiée ont disparu.

Étage 3 — la remise ponctuelle. Accordée au moment de la vente, par une personne, souvent debout, souvent vite. C'est l'étage le plus documenté sur le terrain et le moins piloté dans les systèmes.

Étage 4 — tout ce qui n'apparaît pas dans le prix. La remise de fin d'année qu'on découvre en janvier. Les gratuits — treize pour douze. La reprise des invendus. La participation à une opération commerciale. L'escompte pour règlement rapide. Le transport « offert » sur une commande de trois lignes livrée à cent kilomètres.

Le prix net facturé n'est donc pas le prix encaissé, et le prix encaissé n'est pas la marge. Entre les deux il reste encore le délai de règlement — l'argent qui arrive dans quatre mois ne vaut pas celui qui arrive à la livraison — et le coût de servir ce client-là, qui n'a rien à voir d'un client à l'autre.

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La position que nous défendons

Une remise n'est pas un geste commercial. C'est un prélèvement direct sur la marge, décidé sans passer par personne, et il est presque toujours plus lourd qu'une dépense qui, elle, aurait exigé trois signatures.

Nous soutenons donc qu'un plafond de remise par personne est sain. Non par méfiance envers les commerciaux — ils font leur métier, et un commercial qui n'accorde jamais rien ne vend pas. Mais pour qu'au-delà d'un certain seuil, la question remonte. Un plafond n'est pas un interdit : c'est un déclencheur de conversation avec celui qui répond de la marge.

Cette position se discute. Beaucoup de directions commerciales la refusent au motif qu'elle ralentit la vente. C'est vrai. La vraie question est de savoir combien coûte la vitesse.

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Ce qu'un logiciel ne fera pas

Un système sait porter des tarifs, des conditions datées, des paliers, des plafonds d'autorisation. Ce qu'il ne sait pas faire, c'est décider de la politique tarifaire à votre place.

Et c'est précisément là que la plupart des projets de « gestion des prix » se bloquent. L'entreprise découvre en cours de paramétrage qu'elle n'a pas de politique de prix. Elle a un historique de négociations, accumulé client par client sur quinze ans, dont plus personne ne connaît les motifs. Le prix spécial accordé en 2019 par un commercial parti depuis est toujours dans la fiche, toujours appliqué, et personne n'ose y toucher.

Reprendre cela demande des semaines de travail humain, sans aucun outil. Nous préférons le dire avant qu'après.

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Les erreurs fréquentes

Confondre remise et condition. Une condition se renégocie à date fixe. Une remise ponctuelle, reconduite par habitude à chaque commande, devient une condition sans que personne ne l'ait signée.

Ne pas dater les conditions. Une remise sans échéance est définitive, et elle survivra à celui qui l'a accordée comme à celui qui l'a obtenue.

Calculer la marge sur le prix catalogue. Elle n'a jamais existé.

Ignorer le coût de service dans la marge par client. Le client qui commande trois lignes deux fois par semaine et celui qui commande une palette par mois n'ont pas la même rentabilité, à prix identique.

Ne provisionner les remises de fin d'année qu'au moment de les payer. Elles ont été promises en janvier ; elles pèsent sur toute l'année.

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Exercice

Prenez les dix dernières factures d'un client important. Reconstituez, ligne à ligne, l'écart entre le tarif catalogue et le net facturé, et attribuez chaque point d'écart à son étage : condition contractuelle, remise ponctuelle, promotion.

Retranchez ensuite les gratuits livrés sur la période, l'escompte s'il y en a eu, et votre estimation de la remise de fin d'année.

Comparez au prix de revient.

Il n'y a pas de bonne réponse à cet exercice. Il y a un chiffre que beaucoup d'entreprises n'ont jamais calculé pour aucun de leurs clients, et qui change la façon dont on prépare la prochaine négociation.

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Contenu pédagogique — Fiche 4 — L'encours client : le crédit qu'on accorde sans s'en rendre compte

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La situation

Commande urgente, gros volume, client connu. Il doit déjà de l'argent — pas énormément, mais depuis un moment.

Le commercial défend le dossier : « il va payer, il paie toujours, et si on ne livre pas, le concurrent livrera. »

Silence de quelques secondes autour de la table.

On livre.

25

Le raisonnement

Une entreprise qui vend à crédit exerce un métier de banquier sans en avoir ni le titre, ni les outils, ni généralement l'intention. La décision de crédit ne se prend pas en comité de financement : elle se prend au téléphone, par un commercial, en trente secondes.

Première difficulté : la plupart des organisations regardent le mauvais chiffre. Elles surveillent les factures échues impayées, c'est-à-dire le passé. L'exposition réelle est plus large :

les factures échues non réglées ;

les factures non échues ;

les livraisons faites et pas encore facturées ;

les commandes acceptées et pas encore livrées ;

les chèques reçus mais non encaissés, et les effets à échéance en portefeuille ;

moins les avoirs en attente d'émission, qui gonflent artificiellement le solde.

Les deux derniers points méritent qu'on s'y arrête, parce qu'ils sont la source d'erreur la plus courante dans les pratiques de règlement à échéance. Un chèque reçu n'est pas un paiement, c'est une promesse de paiement. Tant qu'il n'est pas encaissé, le risque est intact. Et un effet qui revient impayé trois semaines plus tard remet le client dans l'encours à un moment où on l'a déjà servi deux fois de plus, en toute bonne foi, puisque le système affichait un règlement.

Deuxième difficulté : le solde total ne dit rien. Ce qui parle, c'est l'ancienneté. Un même montant dû réparti sur des factures du mois et un même montant dû concentré sur une facture de l'année dernière ne décrivent pas la même situation, ni le même client.

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Où placer le blocage

C'est la vraie question opérationnelle, et elle n'a rien de technique.

Bloquer à la facturation ne sert à rien : la marchandise est partie. Bloquer à la livraison, c'est arrêter un camion chargé, avec un chauffeur qui attend et un client prévenu. Bloquer à la préparation, c'est gaspiller le travail déjà fait.

Nous défendons le blocage à la prise de commande, au moment où l'engagement se crée et où il coûte encore zéro de le suspendre. C'est le moment le plus désagréable pour le commercial, et c'est exactement pour cela qu'il est le bon : la conversation a lieu quand elle peut encore changer quelque chose.

À une condition, absolue : un blocage sans procédure de déblocage écrite n'est pas un contrôle, c'est un conflit permanent. Qui débloque, sur quels éléments, en combien de temps, avec quelle trace. Sans cela, la règle sera contournée en trois semaines, et elle le sera par des gens qui ont raison de la contourner.

27

Ce que nous avons cessé de conseiller en premier

Nous commencions autrefois par le paramétrage : un plafond par client, calculé, chargé dans le système, appliqué.

Nous commençons désormais par autre chose — rendre l'encours visible au commercial, sur sa fiche client, avant même de bloquer quoi que ce soit.

Le constat qui nous a fait changer d'avis est simple. Un commercial qui voit ce que son client doit modifie son comportement de lui-même, parce qu'il sait des choses sur ce client que le système ignore. Un commercial à qui l'on impose un plafond qu'il ne comprend pas passe son énergie à obtenir des dérogations. Dans le premier cas on gagne un allié, dans le second un adversaire, et les montants en jeu sont les mêmes.

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Les erreurs fréquentes

Confondre retard et litige. Un client qui ne paie pas parce qu'il conteste une livraison n'est pas un mauvais payeur : c'est un problème logistique déguisé en problème financier. Cette confusion coûte des relations commerciales entières, et elle est plus fréquente qu'on ne l'imagine.

Compter un chèque en portefeuille comme un règlement.

Fixer les plafonds une fois, à la mise en service, et ne jamais les réviser. Un plafond de crédit décrit la santé d'un client à une date donnée ; il vieillit.

Confier le recouvrement au commercial qui a vendu. Placé entre la relance et la prochaine commande, il choisira la prochaine commande. C'est humain et c'est prévisible.

Oublier que deux fiches pour un même client, c'est deux plafonds. La fiche 2 n'était pas un sujet d'hygiène des données.

29

Exercice

Prenez vos cinq encours les plus élevés. Pour chacun, notez la date de la plus ancienne pièce non réglée, et la raison réelle du non-paiement.

Classez ensuite les cinq dans l'une de ces catégories : « n'a pas payé » — il a oublié, ou son propre circuit administratif est lent ; « n'a pas pu payer » — sa trésorerie est en difficulté ; « n'a pas voulu payer » — parce qu'on lui a mal livré, mal facturé, ou promis autre chose.

La répartition obtenue vous dit si votre sujet est financier ou opérationnel.

Dans la majorité des entreprises qui font cet exercice honnêtement, ce n'est pas la catégorie attendue qui domine.

30

Contenu pédagogique — Fiche 5 — Vendre par plusieurs canaux : ce qui change quand le même stock sert deux promesses

31

La situation

Quatorze heures. Le site en ligne vend le dernier exemplaire d'une référence.

Quatorze heures cinq. Le magasin du centre-ville vend le même dernier exemplaire, qu'il a physiquement en rayon.

L'un des deux clients recevra un appel. Celui qui a commandé en ligne, probablement, parce qu'il est plus loin et qu'il proteste moins vite.

Ce n'est pas un incident informatique. C'est une règle d'arbitrage qui n'a jamais été écrite.

32

Le raisonnement

Ouvrir un canal supplémentaire, ce n'est pas ajouter un point de vente. C'est ajouter une promesse sur un stock qui, lui, n'a pas grandi.

Et les promesses ne sont pas de même nature :

le magasin promet l'immédiat et le tangible — le client repart avec la marchandise ;

la vente en ligne promet une disponibilité affichée et un délai ;

la vente au détaillant ou au grossiste promet un volume à une date, souvent négocié plusieurs semaines à l'avance ;

une centrale promet une répartition entre ses points de vente.

Quand le stock suffit, personne ne remarque le problème. Le jour où il manque, la question devient : qui est servi ?

Si la réponse n'est pas écrite avant l'ouverture du canal, elle s'écrira toute seule — au téléphone, tous les jours, en faveur du plus insistant. C'est-à-dire jamais en faveur du client final, qui n'appelle personne.

33

Cinq réponses à « il en reste combien ? »

C'est l'exercice mental qui fait basculer la compréhension des débutants. Sur une même référence, à un même instant, il existe :

le stock physique — ce qui est dans les rayonnages ;

le stock réservé — physiquement présent, déjà promis ;

le stock disponible à la vente — physique moins réservé ;

le stock affiché — ce que le canal en ligne montre au client ;

le stock promis — ce qui est engagé sur des commandes futures, y compris ce qui n'est pas encore arrivé.

Le stock affiché est le plus mal compris des cinq, parce qu'on croit qu'il se déduit. Il se décide. Affiche-t-on le disponible réel, ou une marge de sécurité en dessous ? Compte-t-on la livraison fournisseur attendue jeudi ? Affiche-t-on un nombre exact, ou seulement « en stock » ?

Chacune de ces options est défendable. Aucune n'est neutre : elle arbitre entre le risque de survente et le manque à gagner.

34

Le retour, qui casse plus de choses que la vente

Un article acheté en ligne, rapporté en magasin. Question 1 : dans quel stock rentre-t-il ? Celui du magasin, qui ne l'a pas vendu. Question 2 : qui porte l'avoir, alors que la vente a été enregistrée ailleurs ? Question 3 : à quelle valeur cet article revient-il en stock, sachant qu'il a été vendu à un prix en ligne qui n'est pas le prix magasin ?

Les entreprises qui ouvrent un canal en ligne traitent presque toujours le retour comme un cas marginal à régler plus tard. C'est le premier sujet qui devient ingérable, et il devient ingérable dès les premières semaines.

35

Le prix différent selon le canal

Le même article n'a pas le même prix en magasin, en ligne et chez le grossiste. Le client s'en aperçoit — il compare depuis son téléphone, debout dans le rayon.

Ce n'est pas un problème en soi. Un écart de prix qui correspond à un service différent, une quantité différente ou un coût de distribution différent s'explique en une phrase.

Cela le devient quand personne dans l'entreprise n'est capable de formuler cette phrase.

36

Notre conseil, qui va contre notre intérêt

Nous éditons un système de point de vente et une plateforme de commerce en ligne. Nous avons donc un intérêt direct à ce que les entreprises ouvrent des canaux.

Et voici ce que nous disons à une entreprise dont le référentiel article n'est pas stable, dont l'unité de vente n'est pas tranchée, et qui n'a pas écrit sa règle d'arbitrage sur le stock : n'ouvrez pas le deuxième canal cette année.

Un canal supplémentaire multiplie les promesses avant de multiplier le chiffre d'affaires. Le chiffre d'affaires met des mois à venir ; les promesses sont là dès le premier jour. Et le désordre, contrairement à ce qu'on espère toujours, ne se divise pas entre les canaux : il s'additionne.

Les quatre fiches précédentes ne sont pas des préalables théoriques à celle-ci. Ce sont ses conditions d'exécution.

37

Les erreurs fréquentes

Ouvrir un canal en ligne sur un catalogue dont on ne maîtrise ni les libellés, ni les photos, ni les unités.

Afficher le stock brut, sans marge de sécurité, puis découvrir la survente sur les références qui tournent le plus vite — c'est-à-dire sur celles qui comptent.

Laisser chaque canal constituer son propre référentiel client. Le même client apparaît trois fois, et l'encours de la fiche 4 devient une fiction.

Ne pas décider qui est servi en priorité en cas de manque, en pensant que le cas sera rare.

Traiter le retour en fin de projet.

38

Exercice

Choisissez une référence qui tourne bien. Écrivez, pour aujourd'hui, ses cinq quantités : physique, réservé, disponible, affiché en ligne, promis.

Vous constaterez probablement que deux ou trois de ces nombres ne sont accessibles nulle part sans un appel téléphonique.

Puis posez le cas : il en reste trois, et trois canaux en veulent deux chacun. Écrivez la règle d'arbitrage en une seule phrase.

Faites lire cette phrase à quelqu'un du magasin et à quelqu'un du commerce, séparément. Demandez à chacun ce qu'il ferait.

S'ils ne décrivent pas la même action, la règle n'est pas écrite — elle est seulement rédigée.

39

Pour aller plus loin

Ces cinq fiches décrivent la gestion commerciale du point de vue de celui qui vend. Deux autres points de vue méritent d'être travaillés ensuite.

Celui de l'acheteur, d'abord — parce que les mêmes mécanismes s'y appliquent en miroir, et qu'une entreprise qui négocie bien ses conditions d'achat sans savoir tenir ses conditions de vente déplace simplement son problème.

Celui du client final, ensuite, qui ne connaît ni vos canaux, ni votre référentiel, ni votre organisation interne. Il connaît une seule chose : ce qu'on lui a promis.

C'est le fil qui traverse ces cinq fiches, et la raison pour laquelle il vaut la peine d'en tirer une conclusion générale. Dans les métiers de l'entrepôt et du transport, une information fausse produit une erreur d'exécution qu'on peut souvent rattraper. En commerce, une information fausse a déjà été dite à quelqu'un. Elle est sortie de l'entreprise. Elle engage.

Ce n'est pas une question de système. C'est une question de savoir qui, dans l'organisation, a le droit de promettre quoi — et cette question-là se répond sur un tableau blanc, avant de se répondre ailleurs.

Cette série est mise à disposition librement à des fins pédagogiques. Sa reproduction est autorisée dans un cadre de formation, avec mention de la source.

Le Solution Navigator comprend un parcours gestion commerciale et distribution : nature de l'activité, structure du référentiel, canaux servis, conditions de vente et suivi de l'encours. Il sert à situer une organisation avant toute discussion d'outil.

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