RessourcesAnalyse d’expert

Maintenance : le coût que personne n'impute

Rattacher temps, pièces, arrêts et prestations à l’actif et à la décision qui les a provoqués.

7 minPublication B‑AGILE
  1. 01Observer
  2. 02Questionner
  3. 03Décider
Note d’analyse

La question avant la conclusion.

Angle
maintenance
Parcours
8 points de décision
Lecture
7 min
01

La question tombe en comité de direction: faut-il réparer ce chariot ou le remplacer?

Le responsable de maintenance a un avis. Il le défend avec conviction, et il a probablement raison — il connaît la machine. Mais quand on lui demande combien elle a coûté depuis trois ans, la réponse arrive avec des précautions: les pièces, il pourrait retrouver; la main-d'œuvre interne, non, elle n'est imputée nulle part; les interventions du prestataire, elles sont dans les factures, mêlées à celles des autres équipements; et le coût des arrêts, personne ne l'a jamais calculé.

La décision se prendra donc à l'expérience. C'est-à-dire à l'intuition d'une personne — excellente le plus souvent, invérifiable toujours, et perdue le jour où cette personne partira.

QuestionLa question tombe en comité de direction: faut-il réparer ce chariot ou le remplacer?
Prochain repèreLe coût de possession n'est pas une notion comptable
02

Le coût de possession n'est pas une notion comptable

C'est une notion opérationnelle, et c'est ce qui la rend difficile.

La comptabilité connaît l'amortissement, les factures fournisseurs, les achats de pièces. Elle les range par nature et par centre de coût. Ce qu'elle ne fait jamais, parce que ce n'est pas son rôle: rattacher chaque dépense à un équipement précis.

Or c'est exactement ce dont on a besoin pour décider. Le total de la ligne « pièces détachées » de l'exercice ne dit rien. Ce qu'un directeur technique doit pouvoir dire, c'est: cette machine-là m'a coûté tant, dont tant de main-d'œuvre, tant de pièces, tant de prestations externes, et elle a été indisponible tant d'heures.

Quatre composantes, dont trois ne sont presque jamais imputées:

03

Les pièces — la seule qu'on suit à peu près, quand le magasin de pièces est tenu.

Le temps interne — les heures des techniciens maison. Elles sont payées de toute façon, donc « elles ne coûtent rien ». C'est faux: une heure passée sur une machine est une heure non passée ailleurs, et c'est précisément ce qu'on veut arbitrer.

Les prestations externes — présentes dans les factures, rarement ventilées par équipement. Une facture mensuelle de prestataire couvre souvent une dizaine d'interventions sur autant de machines.

Le coût de l'arrêt — la composante la plus lourde et la moins mesurée. Une ligne à l'arrêt, ce sont des personnes qui attendent, une production non faite, parfois des pénalités. Ce coût dépasse souvent tous les autres réunis.

QuestionLes pièces — la seule qu'on suit à peu près, quand le magasin de pièces est tenu.
Prochain repèreLe préventif ne se juge pas sur son taux de réalisation
04

Le préventif ne se juge pas sur son taux de réalisation

Presque toutes les organisations qui pilotent leur maintenance suivent le même indicateur: le pourcentage d'interventions préventives réalisées par rapport au plan.

C'est un indicateur d'activité, pas de résultat. Il dit qu'on a fait ce qu'on avait prévu. Il ne dit pas si ce qu'on avait prévu servait à quelque chose.

Un plan de préventif hérité du fournisseur, jamais révisé, appliqué scrupuleusement, produit un excellent taux de réalisation — et parfois beaucoup d'interventions inutiles pendant que les vraies causes de panne restent intactes.

L'indicateur qui compte: la part des interventions correctives sur des équipements pourtant couverts par un préventif. Si une machine tombe en panne trois semaines après sa visite préventive, ce n'est pas le préventif qui a échoué — c'est son contenu qui n'était pas le bon.

Ce croisement demande peu de choses: que chaque intervention corrective soit rattachée à un équipement, et qu'on puisse voir l'historique. C'est tout. Et c'est ce qui permet de réviser un plan sur des faits plutôt que sur la notice du constructeur.

05

Le diagnostic sans historique: le coût invisible

QuestionLe diagnostic sans historique: le coût invisible
Prochain repèreUn technicien intervient sur une panne. La même panne, sur la même machine, s'est déjà produite il y a huit mois. Un collègue l'avait résolue.
06

Un technicien intervient sur une panne. La même panne, sur la même machine, s'est déjà produite il y a huit mois. Un collègue l'avait résolue.

S'il n'existe pas d'historique consultable, le technicien recommence l'enquête depuis le début. Le temps perdu ne se voit nulle part: il est absorbé dans la durée de l'intervention, considérée comme normale.

C'est probablement le gain le plus immédiat d'une gestion de maintenance outillée, et le moins mis en avant. Pas la planification, pas les indicateurs: la mémoire. Ce qui a été fait, par qui, avec quelle pièce, et si ça a tenu.

Pour que cette mémoire existe, il faut que le compte rendu d'intervention soit saisi. Et pour qu'il soit saisi, il doit être saisissable là où le technicien se trouve — c'est-à-dire devant la machine, pas dans un bureau en fin de journée. Un compte rendu rédigé de mémoire trois jours plus tard est un compte rendu vide.

Interne, externe, ou les deux: la frontière à écrire

Presque toutes les organisations combinent équipes internes et prestataires. Peu ont écrit la frontière.

Ce qui se passe alors: le prestataire intervient, mais son compte rendu reste chez lui. L'équipement a un historique en deux morceaux, dont un seul est consultable. Et quand on veut évaluer le prestataire — délais, récurrence, qualité — on n'a que ses propres factures pour le juger.

Ce qu'on peut exiger contractuellement, et qui coûte zéro à négocier au moment de la signature: que le compte rendu revienne dans votre système, sous votre format, dans un délai donné. Après la signature, cela devient une faveur.

07

La question du patrimoine immobilier

Beaucoup d'organisations gèrent, en plus de leurs machines, des bâtiments et des installations techniques: énergie, climatisation, ascenseurs, sécurité incendie.

Ces actifs relèvent de la même logique — un arbre d'équipements, des interventions, des obligations périodiques, des coûts à imputer. Mais ils ont une particularité: une part importante de leur maintenance est obligatoire et datée. Les contrôles réglementaires ne se négocient pas, et leur oubli a des conséquences qui dépassent la disponibilité.

Le minimum vital pour ce périmètre: un inventaire des obligations par installation, avec leur périodicité et leur prochaine échéance, et une alerte qui ne dépende pas de la mémoire d'une personne.

Ce qu'il ne faut pas attendre d'un logiciel

Trois promesses circulent, et méritent d'être remises à leur place.

La maintenance prédictive. Elle suppose des capteurs, des données de mesure accessibles, et un historique de pannes suffisant pour établir des corrélations. Si vous n'avez ni capteurs ni historique, aucun logiciel ne prédira quoi que ce soit. Commencez par constituer l'historique — c'est le préalable, et il prend des mois.

Le remplacement de la supervision technique. Les automates, les systèmes de gestion technique de bâtiment et les capteurs mesurent et alarment. Un logiciel de maintenance exploite leurs alertes pour déclencher des interventions. Il ne les remplace pas.

Le magasin de pièces comme un entrepôt. Un logiciel de maintenance gère les pièces nécessaires aux interventions: les stocks, les consommations, les seuils. Ce n'est pas un système de gestion d'entrepôt, et il ne faut pas lui demander de le devenir.

Par où commencer

QuestionLa question du patrimoine immobilier
Prochain repèreL'ordre qui fonctionne, dans notre expérience:
08

L'ordre qui fonctionne, dans notre expérience:

L'arbre des équipements — la liste hiérarchisée de ce que vous maintenez, avec pour chacun sa localisation et sa criticité. C'est le socle de tout le reste, et il se construit sans logiciel.

La saisie des interventions, y compris correctives, avec leur rattachement à un équipement. C'est ce qui constitue la mémoire.

L'imputation des temps et des pièces — la seule façon d'approcher un coût par actif.

Le préventif, une fois qu'on sait ce qui tombe en panne et pourquoi.

Les arbitrages de renouvellement, quand les trois premières années d'historique existent.

Beaucoup d'organisations commencent par le point 4, parce que c'est le plus visible et le plus valorisant. C'est aussi celui qui produit le moins de résultat quand les trois premiers manquent.

B‑AGILE

Confrontez cette méthode à votre réalité.

Un échange de cadrage commence par vos faits, vos responsabilités et vos limites.

Parler à un expert